Histoires de Famille

En tête-à-tête avec moi-même: récit d’une journée sans enfants

Une vilaine angine est passée par là.

Après une nuit de sueurs froides et de courbatures, me voici à la maison pendant deux jours.

Être arrêtée un mercredi n’est finalement pas de tout repos, n’oublions pas que c’est le jour des enfants, et même si Papa Cailloux était là pour gérer la situation, entendre la pépite pleurer du fond de mon lit, me donne toujours assez de force pour descendre mettre mon grain de sel alors que personne ne m’a rien demandé.

Bref, hier était une journée comme les autres, l’angine en plus. Mais aujourd’hui, nous sommes Jeudi.

Nous sommes Jeudi, et je suis seule. Le gravier est à l’école, la pépite chez la nounou, et le mari au travail. Je suis seule. Cela fait des lustres que ça n’est pas arrivé.

Et entre trois mouchoirs, deux Dolipranes, et douze lavages de nez, je me sens libérée, délivrée, comme dirait l’autre.

Vite, une journée c’est si peu, il y a tant de choses à faire, manteaux et chaussures sont à peine enfilés, câlins et bisous à peine expédiés, que dès que j’entends claquer la porte je me précipite.

J’étends une première machine, en envoie une autre, j’astique frénétiquement le plan de travail de la cuisine, je monte à l’étage faire les lits, puis je redescends et me lance dans la lourde tâche du tri des dessins. Ça on garde, ça on jette, on garde, on jette, celui-là nécessite un deuxième avis, je mets de côté…

C’est lorsque je suis sur le point de sortir l’artillerie lourde, j’ai nommé l’aspirateur Dyson que mon cher mari m’a gentiment offert pour la journée de la femme (vous vous doutez bien que si je l’ai épousé c’est pour son sens de l’humour à toute épreuve), que je me suis rappelée les douces paroles de mon médecin traitant.

“Et Madame Cailloux, surtout R.E.P.O.S.E.Z-VOUS !”

L’aspirateur est resté dans le placard. Je m’assois sur le canapé, me mouche, et me demande ce que je vais bien pouvoir faire de ma journée.

Commençons par un café

Pas un café froid, pas un café enfilé en cinq minutes sur le pouce, pas un café bu à moitié puis oublié sur le rebord de la table. Un café chaud, qui fume encore. J’hume son odeur, je m’installe confortablement avec un plaid (et un paquet de mouchoirs), et je prends le temps de me délecter de son gout corsé, tranquillement, jusqu’à la dernière goutte.

Il fait gris. C’est le temps parfait. Regarder la grisaille, boire son café, et apprécier la chaleur de son intérieur.

 

Une journée sans enfants - les petits cailloux

 

Et si d’aventure j’osais prendre un thé dans l’après-midi ? Ce serait le luxe absolu…

Un petit bain moussant peut-être ?

Pas une douche prise en trois minutes chrono, pas un bain pris avec pépite, gravier, doudou et toute la compagnie, non un vrai bain toute seule !

Quelle excellente idée ! “Pas très écolo tout de même…” me lance une petite voix dans ma tête. Qu’importe, je m’auto-flagellerai un autre jour, aujourd’hui je pense à moi.

Et si je le faisais durer une heure ce bain ? Avec plein de mousse et un masque hydratant sur la tête. Bon il y a toujours le chalutier, la baleine et les pirates qui me regardent, mais bon sang, qu’est-ce que ça détend !

Faire la cuisine, et puis quoi encore ?

C’est bien beau tout ça, mais il va quand même falloir se nourrir. Je vais faire la cuisine. Ou alors je vais plutôt ouvrir le frigo, scanner tout ce qui peut être mangé sans préparation et me gaver de fromage et de pain devant une bonne série. Il reste des pâtes, avec le fromage ça ira très bien. J’ai l’impression de renouer avec ma vie d’étudiante, je viens de perdre quinze ans en une heure.

Exit téléphone, Welcome lecture

Vous me voyez venir ? Et bien oui, je l’ai fait. J’ai mis mon portable de côté, en me disant que pour une fois je n’allais rien rater en me déconnectant un peu.

J’ai pris le bouquin que je tente de lire depuis un an et demi sans y parvenir, je me suis allongée et enfin j’ai pu avancer. Sans m’endormir au bout de trois pages, sans être dérangée par mes petits cailloux, sans perdre le fil de ma lecture à cause de ce qui me préoccupe et m’empêche de me détendre.

Tiens, il est bientôt l’heure d’aller à l’école, la maison est si silencieuse, et c’est qu’ils commencent à me manquer mes amours..

Merci l’angine.  Je ne vais pas te dire de repasser quand tu veux, mais ce tête-à-tête avec toi, je ne suis pas prête de l’oublier !


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